Dimanche dernier, pendant que notre excellent « 20 français » Fabio Quartararo savourait sans modération sa bouteille de Prosecco en compagnie de son grand copain Jack Miller et du champion du monde Marc Marquez sur le dernier podium de la saison MotoGP 2019, le ministre de l’agriculture Didier Guillaume affolait les ondes et les réseaux…

« Lorsqu’on conduit, on ne doit pas boire« , déclarait-il au Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI-TF1-Bouygues-Colas-WorldCompany. « Je pense qu’on peut faire la fête et qu’on peut boire des coups, et boire du vin français, des vins d’excellence (…) Je pense que c’est très bon, mais lorsqu’on boit, on ne conduit pas« . Et vice-versa, donc.

  • Dossier spécial MNC : Sécurité routière
  • Dossier spécial MNC : CISR et mesures gouvernementales

Interdit la bière-saucisson devant le GP dominical chez des amis ? Terminé le verre de vin en « after-work » ? Fini le Paris-Brest Baba au rhum en rentrant de l’école ? Adieu le petit digeo « pour la route » (hum) en fin de soirée ? Pourquoi pas, si cela permet de sauver des vies…

« Chaque année en France, près de 30% des accidents mortels sont dus à une prise excessive d’alcool« , indique la Sécurité routière sur son site officiel. Or « ces décès pourraient être évités si tous les conducteurs respectaient strictement la limitation légale de l’alcoolémie au volant« .

Pour rappel, la limite en France est actuellement fixée à 0,5 g d’alcool par litre de sang (ou 0,25 mg par litre d’air expiré). Cette limite est abaissée à 0,2 g/l de sang (ou 0,1 mg/l d’air expiré) chez les conducteurs titulaires d’un permis probatoire, et ceux en situation d’apprentissage.

Pourquoi ne pas réduire à néant l’alcool au volant ?

Les lecteurs de Moto-Net.Com – qui, comme chacun sait ont un peu plus de de mémoire vive que les autres – se souviennent qu’une enquête menée en 2018 par le comparateur Mon Auto Assure révélait que 52% des Français seraient favorables à une « tolérance zéro alcool pour tous au volant« … et au guidon aussi, oui.

Évoquée lors des travaux préparatoires du Conseil interministériel de sécurité routière (CISR) en janvier dernier, cette proposition «  visant à abaisser le taux d’alcoolémie légal à zéro n’a pas été retenue et elle n’est pas envisagée par le gouvernement« , a fait savoir Matignon ce lundi.

D’une part parce que cette mesure ne serait pas utile : « les deux tiers des accidents mortels liés à l’alcool se produisent avec des conducteurs dont l’alcoolémie dépasse le triple du seuil légal (soit 1,5 g/l) et les taux contraventionnels compris entre 0,5 g/l et 0,79 g/l ne sont constatés que dans 12% des accidents mortels liés à l’alcool« , rapportent les services du premier ministre.

Boire (un verre) et conduire, il y a bien pire

Pour mémoire, 3248 personnes ont perdu la vie dans un accident de la route en France métropolitaine en 2018. Tant pis donc pour la centaine de personnes décédées (12% de moins de 30%) lors d’accidents impliquant des conducteurs n’ayant bu que deux petits verres pour accompagner les copains puis le fromage… et envoyer ensuite sa voiture valdinguer dans le fossé, s’enrouler autour d’un platane ou embrasser la moto d’en face ?

D’autre part, cette mesure ne serait « pas réaliste » pour Matignon, car « elle emporterait d’importantes conséquences sur les contrôles par les forces de l’ordre comme sur le quotidien de nos concitoyens, et pourrait être contredite par la possibilité d’un seuil résiduel d’alcoolémie chez des conducteurs qui n’ont pas bu de verre d’alcool« . Le zéro alcool ne saurait être exigé aux Français. Contrairement au zéro risque, zéro pollution ou zéro mort sur les routes ?

Pour combattre la conduite sous l’emprise de l’alcool, le gouvernement prône d’autres méthodes : « l’incitation des usagers à l’auto-évaluation de leur taux d’alcool, le développement de l’éthylotest antidémarrage, ou encore la possibilité donnée aux forces de l’ordre de mettre en fourrière le véhicule d’un conducteur contrôlé avec un taux délictuel« .

Pour conclure, le Journal moto du Net vous rappelle les sanctions actuellement encourues…

Taux égal ou supérieur à 0,2 g/l pour les permis probatoires

  • Retrait de 6 points sur permis de conduire
    Attention : la première année du permis probatoire, si le conducteur perd son permis pour solde de points nul, il doit repasser l’examen du permis de conduire (code et conduite).
  • Amende forfaitaire de 135 euros
  • Immobilisation du véhicule.

Taux compris entre 0,5 et 0,8 g/l (contravention 4ème classe)

  • Retrait de 6 points sur le permis de conduire
  • Amende forfaitaire de 135 euros
  • Immobilisation du véhicule
  • Suspension du permis (jusqu’à 3 ans)

Taux supérieur à 0,8 g/l (délit)

  • Retrait de 6 points sur le permis de conduire
  • Jusqu’à 4500 euros d’amende
  • Immobilisation du véhicule (sauf si un passager est en état de conduire)
  • Annulation du permis (jusqu’à 3 ans)
  • Stage obligatoire de sensibilisation à la sécurité routière aux frais du contrevenant
  • 2 ans d’emprisonnement (cf article L234-1 code de la route)
  • Interdiction de conduire un véhicule non équipé d’un dispositif homologué d’éthylotest anti-démarrage (EAD), pour une durée de 5 ans au maximum. La violation de cette interdiction constitue un délit, puni de 2 ans d’emprisonnement et de 4 500 € d’amende.

Refus de se soumettre à une vérification de présence d’alcool dans le sang

  • Les sanctions encourues sont les mêmes que pour une personne ayant conduit avec une alcoolémie supérieure à 0,8 g/l dans le sang.

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