Les lecteurs de Moto-Net.Com – qui, comme chacun sait, ont un peu plus de chance que les autres – ont appris en tout début d’année que la France avait retrouvé en 2018 son rang de premier marché du deux-roues motorisés en Europe, forte de ses 256 371 ventes de motos et scooters (toutes cylindrées confondues).

Les lecteurs Premium – qui, on les remercie tous, soutiennent activement leur journal moto préféré, son indépendance et son impertinence ! – savent également que le marché français poursuit sur sa phénoménale lancée en 2019 : les immatriculations n’ont cessé de grimper sur les quatre premiers mois de l’année !

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« Les chiffres du premier trimestre 2019 confirment la première place du marché français en Europe toutes cylindrées confondues qui, avec une progression de +31,8%, devance l’Italie (60 501, +16,9%) et l’Espagne (43 099, +19,1%)« , se réjouit la Chambre syndicale internationale de l’automobile et du motocycle (CSIAM).

« Sur l’ensemble du premier trimestre 2019, la France (+31,8% de croissance) fait nettement mieux que l’Europe qui progresse néanmoins de +19,3% sur 37 marchés. La dynamique est donc globalement positive sur le continent, mais la France réalise un score absolument remarquable en ce début d’année« .

Contrairement à MNC qui décortique les ventes de motocycles (125 cc et plus) depuis 2004, la CSIAM surveille également le marché des cyclomoteurs. Or les mobylettes, scooters 50 et petites motos à boîte de notre tendre jeunesse participent massivement à cette nouvelle hausse des ventes.

« Le marché du 50 cc, en difficulté l’an dernier, progresse de près de +55 % malgré la concurrence des moyens alternatifs de déplacements urbains (VAE et autres engins de déplacement personnel électriques)« , calcule la CSIAM.

50 cc, 125 cc, gros cubes : gaz à tous les étages !

Son président délégué, Thierry Archambault, rappelle toutefois que l’entrée en vigueur de la norme Euro4 au 1er janvier 2018 avait sévèrement et négativement impacté les scores des cyclos l’année dernière. En résulte donc ce « coup d’accordéon » et un retour vers les niveaux de ventes 2017.

Chez Yamaha – qui ne propose plus que des 4-temps sur ce marché et a mis en veille sa marque MBK -, on constate avec surprise que la demande repart. Le directeur général de Yamaha en France, Vincent Thommeret, observe également que chez les concurrents, « l’offre en 2-temps injection n’est pas arrivée en tout début d’année 2018, d’où ce phénomène d’élastique après un grand creux il y a un an« .

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La CSIAM indique parallèlement que « les autres cylindrées progressent fortement : +27% pour les 125 cc et + 15% pour les plus de 125« . Selon elle, « les raisons de cette croissance, analysées lors de nos précédents rendez-vous se confirment : multiplications des produits porteurs d’une forme apaisée d’usage (vague du néo-rétro et plongeon des sportives par exemple, NDLR), élargissement structurel des tranches d’âge motard, offre produit profondément renouvelée et attirante des constructeurs, entrée dans un nouveau cycle de renouvellement (suite à la crise de 2008 puis Euro4, NDLR), modernisation de la distribution et des politiques commerciales et marketing des constructeurs (nouveaux modes de financement, NDLR) ». Tout cela contribue à la bonne santé du secteur !

« La moto est actuellement beaucoup mise en avant dans les pubs (pour sites de rencontre, parfum et même voitures, NDLR !) ou dans les vitrines de magasins« , nous fait aussi remarquer Agnès Rouvière, directrice générale adjointe associée des assurances AMV. Le motard « véhicule » donc une image bien plus avantageuse qu’autrefois.

La CSIAM souligne par ailleurs que la météo radieuse du mois de février a lancé très tôt et très fort la saison 2019. Mais « les chiffres d’avril et même des premiers jours de mai montrent cependant que ce n’est pas la seule explication à cette situation« …

Météo, climat social et contexte économique

Si le climat social est très tendu, la CSIAM estime que l’environnement économique est plus favorable que prévu : « croissance modérée mais présente, hausse du pouvoir d’achat via la suppression de la taxe d’habitation, baisses des charges salariales, primes dites « Macron » et baisses annoncées de l’impôt sur le revenu » auraient incité les motards français à davantage se faire plaisir – ou les ménages à remplacer un scooter plutôt qu’une voiture…

Pour la CSIAM, l’atout principal du deux-roues motorisé est sa pertinence dans les déplacements quotidiens face à l’engorgement croissant des villes : « on assiste clairement à un transfert des utilisateurs de quatre-roues vers le deux ou trois-roues« .

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Insatisfaits par des transports en commun eux-mêmes bondés, les Français se tournent en nombre vers la moto ou le scooter pour se rendre à leur travail, pratiquer leurs loisirs ou rendre visite à leurs proches… « La voiture est devenue impraticable dans de nombreuses grandes villes, elle en est même parfois exclue par les municipalités« , observe la CSIAM.

« À long terme – 20 ans environ -, le problème de l’interdiction de circuler se posera également pour les deux-roues à moteur thermique« , confirme Thierry Archambault. « En attendant, les personnes dont la voiture est bannie du centre-ville peuvent encore rouler grâce au deux-roues« , rebondit habilement Jean-Luc Mars, président de la CSIAM et directeur général de Triumph France.

Le directeur technique nationale (DTN) de la Fédération française de motocyclisme (FFM) alerte alors sur les potentielles « balles perdues » dont pourraient être victimes la moto et le scooter, en raison de l’encadrement de nouvelles pratiques comme les trottinettes, les gyroroues ou les vélos – à assistance – électrique(s)…

Des bâtons dans les jantes ?

« Les trottinettes électriques sont interdites à San Francisco (seules deux sociétés ont obtenu le droit d’en proposer à la location, NDLR) et la mairie de Paris songe sérieusement à faire de même si le comportement des utilisateurs ne s’améliore pas« , rapporte le DTN de la FFM, légitimement inquiet qu’à l’avenir une nouvelle législation ou la future « loi mobilité » ne vienne brider – ou interdire – les deux-roues motorisés, au sens très large du terme.

« Attention toutefois de ne pas opposer les différents modes de transports, ils sont complémentaires« , estime la CSIAM : « les gens ont besoin de se déplacer, et à moins de changer l’organisation des villes et du travail, ils en auront besoin encore longtemps ! » Voiture, train, moto, tram, scooter, trottinette : l’Homme du XXIème siècle devra être multi-modes…

Attention également de ne pas céder à la panique ou à la parano : chaque idée – parfois diablement aberrante ! – proposée par un député n’aboutit pas à la publication d’un décret au Journal officiel… Il arrive même que l’Etat bloque lui-même des projets, pas saugrenus du tout pour le coup !

« Ce fut le cas il y a dix ans lorsque nous avons proposé une charte encadrant les nuisances sonores des motos« , nous rappelle la CSIAM. Selon elle, la profession avait consenti de gros efforts, notamment le Conseil national des professions de l’automobile (CNPA) qui renonçait à une part non négligeable de son activité en refusant de monter des pots non-homologués sur motos de route et scooters.

« Au final, un seul acteur a refusé de signer le texte : le ministère de l’intérieur !« , regrette encore aujourd’hui Thierry Archambault. L’actuel ministre de la transition écologique et solidaire, François de Rugy, a reçu en fin d’année dernière la charte sur son bureau… Mais les Gilets jaunes lui sont tombé sur le dos depuis : « notre dossier n’est pas en haut de la pile« , constate la CSIAM.

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